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Ecrire avec le numérique : que faire de cette compétence et faut-il s’en soucier ?

 Écrire demeure une compétence cruciale pour la réussite scolaire et l’émancipation en société d’un individu. Cette compétence ne détermine pas la simple réussite dans la matière dite “français”, c’est également un puissant facteur de protection pour lutter contre le décrochage scolaire et progresser dans toutes les disciplines scolaires. C’est, en outre, un indéniable marqueur social.

Ecrire, une compétence cruciale

Les productions écrites prennent des formes diverses et ne sont pas seulement exigées par le cours de français. Ainsi, ce sont toutes les disciplines, tous les enseignements qui sont concernés par l’acquisition de cette compétence. Nous vivons indéniablement dans une culture scolaire de l’écrit; la plupart du temps, l’évaluation se fait par écrit.

Je me rappelle avoir été très fortement interpellée (euphénisme) lorsque pendant les “conseils de cycle” (que ceux qui n’ont pas assisté à ces merveilleuses réunions d’harmonisation se dénoncent !) les collègues de toutes les disciplines évaluaient cette compétence. J’ignore si cela est pertinent mais c’est un fait : la construction de cette compétence est la plus transversale qui soit. De plus, son apprentissage se poursuit tout au long de la scolarité et on continue à la développer tout au long de la vie.

Ecrire avec le numérique :

Quid du numérique, qui transforme en profondeur les formes et les enjeux de l’écriture, jusque dans l’école ? Comment intégrer les outils numériques dans l’apprentissage de l’écriture ?  

Le numérique est la nouvelle culture de l’écrit, en particulier pour nos élèves. Il suffit pour s’en convaincre d’observer que la compétence “écrire avec le numérique” a été ajoutée au cycle 3. Tant les claviers et les écrans démocratisent l’écriture; ils transforment les gestes (couper, copier, coller, déplacer …) et les modalités (collaboratives, transformatives, multimédia …) et invitent à créer et penser de nouvelles pratiques scolaires.

 Le numérique n’est pas, pourtant un outil magique qui va résoudre les difficultés rédactionnelles des élèves. 

Le numérique au service de l’écriture dans les instructions officielles

Ecrire un texte et l’amender : les vertus de l’écriture au long cours avec le numérique

Dans le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, le domaine 1 consacré à l’apprentissage des différents langages rappelle la nécessité de la réécriture. « L’élève s’exprime à l’écrit pour raconter, décrire, expliquer ou argumenter de façon claire et organisée. Lorsque c’est nécessaire, il reprend ses écrits pour rechercher la formulation qui convient le mieux et préciser ses intentions et sa pensée. » Le traitement de texte peut alléger cette révision du texte et sa réécriture.

On distingue clairement la phase de révision durant laquelle l’élève va amender son texte en apportant des ajouts, des remplacements, en effectuant des suppressions et des déplacements, et le travail de correction qui porte sur l’orthographe et la grammaire, mené sur la version finale. La réécriture s’inscrit dans une démarche de remédiation.

Diversifier les stratégie d’apprentissages : le numérique pour écrire de façon interactive  

Autre axe de réflexion : l’outil numérique permet de varier les stratégies d’apprentissages. « L’élève sait que la classe, l’école, l’établissement sont des lieux de collaboration, d’entraide et de mutualisation des savoirs. Il aide celui qui ne sait pas comment il apprend des autres. L’utilisation des outils numériques contribue à ces modalités d’organisation, d’échange et de collaboration. » Les outils numériques apportent donc une autre façon de travailler ensemble en classe. L’apprentissage est plus interactif ; il s’enrichit d’une fertilisation croisée entre les élèves et les enseignants.

 Le Domaine 2 consacré aux méthodes et outils pour apprendre met bien sûr en avant les outils numériques pour produire, échanger et communiquer. « L’élève sait mobiliser différents outils numériques pour créer des documents intégrant divers médias et les publier ou les transmettre, afin qu’ils soient consultables et utilisables par d’autres. Il sait réutiliser des productions collaboratives pour enrichir ses propres réalisations, dans le respect des règles du droit d’auteur. »

Développer de bonnes pratiques du numérique :

 En lycée, le programme de français énonce qu’« il est nécessaire de faire acquérir une distance et une réflexion critique suffisantes pour que se mette en place une pratique éclairée de ces différents supports, en montrant ce qu’ils impliquent du point de vue de l’accès aux connaissances, de la réception des textes et des discours, de l’utilisation et de l’invention des langages, comme du point de vue des comportements et des modes de relations sociales qu’ils engendrent ». Les usages du numérique doivent conduire à une réflexion éthique menée collectivement dans toutes les disciplines car toutes sont impactées par cette mutation.

Il est bien évident que cette réflexion critique intervient à tout moment de la découverte de l’outil numérique et que le développement de bonnes pratiques est un enjeu déterminant pour le développement d’usages responsables et pertinents.

Écriture manuscrite versus écriture numérique ?

   Les médias rendent compte régulièrement de la concurrence entre écriture manuscrite et écriture numérique. Parfois sur un ton alarmiste (et si vous alliez lire un article sur ce thème, juste ), ils annoncent même l’abandon de l’écriture cursive. Il ne s’agit pas d’opposer l’écriture manuscrite et l’écriture numérique [1]. Les spécialistes des sciences cognitives s’accordent à dire que l’acte d’écrire est fondamental [2]. Mais comme le suggère Jean-Luc Velay, le clavier peut trouver sa place dans cet apprentissage car notamment « plus simple sur le plan moteur ».

   Quant au correcteur automatique, l’illusion persiste chez les élèves que l’ordinateur va effectuer la tâche de corriger leur texte. Qu’ils sont candides. Il est bien sûr nécessaire de montrer à l’élève qu’il convient de se donner le temps de réfléchir sur la nature du surlignement et d’observer les différentes suggestions pour faire un choix éclairé. 

Dès lors, le correcteur automatique n’encourage pas à la paresse et n’exclut pas l’apprentissage traditionnel des normes orthographiques. À partir d’erreurs fréquentes que les élèves sont d’ailleurs en mesure de corriger par eux-mêmes, on montre ainsi un usage raisonné du correcteur automatique, son efficacité et ses limites.

La production d’écrits et ses enjeux 

Nous sommes bien sûr dépendants des conditions matérielles de nos classes.   L’équipement d’une classe ordinaire comprend généralement un seul ordinateur et un vidéo-projecteur. L’usage pédagogique de ces outils reste souvent limité à la projection de documents.

En réalité, l’enjeu est de faire de l’écriture un véritable objet d’apprentissage pour que les élèves prennent conscience des processus en jeu et de la posture d’élève qu’ils peuvent endosser (pour leur plus grand plaisir d’ailleurs).

Il nous faut donc construire des séances et même des séquences complètes autour de l’écriture : de la tâche simple à la tâche complexe. 

L’enjeu est de faire comprendre aux enfants comment l’écriture et l’expression écrite sont des outils précieux pour apprendre et faire entendre leurs idées en général. Dans le fond, l’écrit est ce qui va permettre à l’enfant de se construire et également de se faire entendre.

Éduscol propose de nombreuses ressources théoriques et pratiques sur l’apprentissage de l’écriture :

http://eduscol.education.fr/siene/lettres/ressources-pour-enseigner/entrees-dans-les-apprentissages/ecrire/672-ressources.html

NOTES

[1] Reportage diffusé sur TV5 monde, le 31/08/2014 ::

Anne Chemin, « Le stylo n’a pas dit son dernier mot », Le Monde, 13/11/2014 :

http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2014/11/13/le-stylo-n-a-pas-dit-son-dernier-mot_4523185_3224.html

[2] Jean-Luc Velay, « Clavier ou stylo : comment écrire ? », Cerveau & Psycho, n° 11.

http://www.ac-nice.fr/iencannet/ien/file/apc/velay_longcamp.pdf

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