Le futur, nos élèves en entendent beaucoup parler, et souvent sous l’angle de l’inquiétude : climat, emploi, intelligence artificielle. La prospective leur propose une autre posture. Au lieu de subir l’avenir, ils apprennent à le penser, à en comparer plusieurs versions et à défendre celle qu’ils souhaitent.
Je vous propose ici une démarche en cinq étapes, utilisable en EMC, en SES, en histoire-géographie ou dans un projet interdisciplinaire.
La prospective n’est pas de la science-fiction
Faire de la prospective, ce n’est ni prédire l’avenir, ni décrire un monde parfait. C’est explorer ce qui pourrait changer, puis défendre un futur souhaitable et les choix qui le rendraient possible.
La démarche développe une compétence précieuse : distinguer ce qui est documenté, ce que l’on suppose et ce que l’on invente. Je demandais toujours à mes élèves de ne pas attribuer de probabilité chiffrée à un événement s’ils ne pouvaient pas la justifier. Cette rigueur fait toute la différence entre un exercice d’imagination et un vrai travail de réflexion.
Étape 1 : comprendre ce qui change
Commencez par faire choisir à vos élèves une question précise et une échelle d’action : leur territoire, la France, ou la France dans ses relations européennes et internationales. Ils présentent ensuite les acteurs concernés, les grandes transformations à l’œuvre et les contraintes écologiques, matérielles ou démographiques.
Insistez sur les sources : chaque affirmation doit pouvoir s’appuyer sur une référence identifiable.
Une activité pour démarrer : la chasse aux signaux faibles
Demandez à chaque élève d’apporter un signal faible repéré dans l’actualité : une évolution encore peu répandue qui pourrait annoncer un changement important. En groupe, ils expliquent pourquoi ce signal compte, sans le présenter comme une certitude.
Étape 2 : explorer plusieurs possibles avec les « et si… ? »
Les élèves identifient deux ou trois incertitudes majeures sur leur sujet. Pour chacune, ils envisagent au moins deux évolutions possibles. Quelques questions en « et si… ? » ouvrent bien cette exploration : et si la plupart des apprentissages se faisaient hors de l’école ? Et si l’on vivait de plus en plus souvent entre plusieurs générations sous le même toit ?
Aidez-les à distinguer ce qui dépend de décisions collectives de ce qui ne se décide pas : une évolution démographique, par exemple, ne se décrète pas. Une carte des acteurs ou un tableau comparant les incertitudes les aide à y voir clair.
Étape 3 : choisir et décrire un futur souhaitable
Vient le moment de trancher. Les élèves retiennent leurs hypothèses et décrivent le monde de 2050 qu’ils souhaitent : conditions de vie, pratiques, institutions, ressources. Je leur demandais de donner un nom à leur scénario, ce qui les obligeait à en formuler l’idée centrale.
Deux questions doivent rester au centre : pour qui ce futur est-il désirable ? Et quelles tensions subsistent ? Rappelez aussi qu’un changement profond peut se construire progressivement et ne suppose pas une invention spectaculaire.
Étape 4 : remonter de 2050 à aujourd’hui
C’est l’étape que je préfère. Plutôt que d’avancer depuis aujourd’hui, les élèves partent de 2050 et remontent vers 2040, 2030, puis aujourd’hui. Quelles évolutions et quelles décisions ont rendu la suite possible ? Quelles alliances, quelles résistances, quelles expérimentations ont compté ?
Une frise tracée au tableau, lue de droite à gauche, fonctionne très bien. Demandez-leur aussi de prévoir au moins une difficulté qui oblige à corriger le chemin : un futur sans obstacle n’est pas crédible.
Étape 5 : éprouver ce futur
Dernière étape : le test de réalité. Les élèves examinent les effets de leur futur sur le climat, les ressources, la biodiversité, l’équité et la faisabilité, avec quelques ordres de grandeur sourcés. Ils se demandent aussi ce qui tiendrait si une hypothèse majeure évoluait autrement.
Trois repères les aident à questionner leur scénario :
- Limites et vivant : quelles contraintes de climat, d’énergie, de ressources ou de démographie prendre en compte ?
- Justice et arbitrages : qui bénéficie du changement, qui en supporte le coût et qui reste à l’écart ?
- Capacité d’action : qui décide, finance et agit ? Qui vérifie les résultats et peut contester une décision ?
C’est aussi l’occasion d’une belle discussion sur la technique. Une innovation peut être sociale, organisationnelle, culturelle ou institutionnelle. Si une technologie intervient, les élèves expliquent qui en contrôle l’usage, qui répond de ses erreurs et ce qu’ils choisissent de ne pas automatiser. Une excellente porte d’entrée pour parler d’intelligence artificielle avec recul.
L’écriture permet aussi de faire vivre ce futur de l’intérieur : je vous propose une séquence complète pour écrire un récit d’anticipation au lycée.
Aller plus loin : un concours pour valoriser le travail de vos élèves
Cette démarche est celle du concours Butterfly 2050, La présidentielle des jeunes, porté par France 2030 et ouvert du lycée au supérieur. En équipe, accompagnés par un facilitateur, les élèves y défendent leur vision de 2050. Les meilleurs projets sont présentés devant le cabinet du Premier ministre.
Même sans participer, vous pouvez vous appuyer sur le cahier des charges de Butterfly 2050 : il détaille chaque étape et constitue un cadre méthodologique complet. Les quatre thématiques du concours offrent aussi des sujets prêts à l’emploi, avec des ressources pour approfondir.







5 activités à faire en classe pour Halloween
La poésie à l’école primaire : comment l’enseigner ?
Comment travailler la grammaire de façon ludique ? Par Maîtresse Clara
Concours Butterfly 2050 : faire participer vos élèves à La présidentielle des jeunes
Témoignage de Stéphanie, professeure des écoles en CE1-CE2 et ambassadrice Plume