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Rencontre avec Claire Blondel : “Il faut arrêter de diaboliser le numérique.”

Après avoir vu l’interview passionnante de Claire Blondel “Il faut arrêter de diaboliser le numérique dans l’éducation de nos enfants”, j’ai vraiment eu envie de la contacter pour en savoir plus sur elle et son parcours. Je pressentais que nous avions beaucoup de points communs car chez Plume, nous pensons fermement que le numérique peut-être utilisé pour ce qu’il est -un outil- afin de développer le potentiel du plus grand nombre (voir cet article ou celui-ci.)

Quelques échanges sur LinkedIn plus tard, et me voici au téléphone avec l’intéressée qui me raconte son parcours, ses engagements et sa vision de l’éducation. Passionnant.

Le parcours :

Est-ce que vous pouvez me raconter votre parcours ? J’ai lu que vous aviez fait une grande école et vous n’étiez a priori pas prédestinée à enseigner ou à vous mêler d’éducation…

Effectivement, j’ai fait une école d’ingénieur. Il n’était pas vraiment prévu que je passe une partie de ma carrière dans l’éducation, et puis nous avons vécu une expérience d’expatriation au Japon. Plusieurs circonstances ont conduit à ce que je m’investisse grandement dans l’école de mes enfants au point de devenir Présidente des parents élèves. M’intéressant à la pédagogie qui rendait mes filles si contentes d’aller à l’école, je me suis formée moi-même et je suis devenue éducatrice Montessori pour les enfants de 3 à 6 ans.

Au fil des expatriations, j’ai travaillé en éducation ou en industrie en fonction des opportunités professionnelles. J’ai ensuite voulu partager ce que j’ai observé. J’ai vécu 11 ans à l’étranger et dans 5 pays différents. Mes filles ont été scolarisées dans des établissements aux approches pédagogiques complètement différentes de ce que nous connaissons en France.

À la première scolarisation de mes filles en France, je réalise que l’approche pédagogique traditionnelle n’est plus adaptée aux compétences attendues aujourd’hui. Aujourd’hui, les adultes ont besoin de savoir se former tout seul pour apprendre un nouveau métier, d’être autonomes et capables de créer leur propre emploi, de parler l’anglais, de connaître le monde, de faire preuve d’esprit critique face à ce nouvel océan d’informations, de communiquer efficacement, d’être créatifs et ouverts d’esprit, d’être capables de s’adapter… Il existe des façons de développer ces compétences, elles sont déjà appliquées dans certaines écoles à l’étranger ou en France.

Elles n’engendrent aucun risque sur l’avenir de nos enfants, bien au contraire ! Ces méthodes ont déjà fait largement leurs preuves. Il suffirait de les regrouper dans une école qui deviendrait l’école (presque) idéale

Des expériences scolaires diverses :

Quel genre d’expériences avez-vous observées ?

Par exemple au Québec, à Montréal, j’ai pu observer le collège Saint-Anne. le numérique y est très utilisé et cela, à plusieurs niveaux : pour motiver les élèves, pour leur faciliter les apprentissages des ces outils, mais également pour l’aspect  robotique. Il y a également de la programmation en primaire et au collège, un cours sur la citoyenneté du numérique. La pédagogie Montessori consiste à manipuler et à appréhender les concepts avec le corps avant de les intégrer de façon abstraite. Beaucoup de défenseurs de la pédagogie s’insurgent contre le numérique qu’ils considèrent comme incompatible avec la pédagogie. Néanmoins, Maria Montessori voulait que les enfants découvrent les activités de la société qui les entoure, et ce, dès le plus jeune âge. Si elle était parmi nous aujourd’hui, je suis convaincue qu’elle intègrerait le numérique, l’analyse des données et le codage dans les activités de “vie pratique”.

Tout comme l’art, les mathématiques, l’écriture, il faut apprendre à utiliser le numérique. C’est une nécessité pour comprendre le monde qui nous entoure.

Un nouveau projet :

Et que faites-vous à présent ?

Je suis une “slasheuse” (personne qui a plusieurs activités professionnelles). Je ne connaissais pas cette solution avant de revenir en France. J’avais toujours été frustrée de devoir choisir entre industrie et éducation. Ce mode de travail me permet de faire les deux et je trouve que ça a beaucoup de sens. Connaître le monde de l’industrie, ses attentes et ses caractéristiques m’aide à comprendre les compétences qui doivent être développées à l’école. Non pas qu’il faille formater nos élèves à devenir des salariés bien rangés (ce serait revenir à l’école de Jules Ferry) mais plutôt à résoudre en amont les problèmes qu’on rencontre en entreprise aujourd’hui comme le manque de confiance, le manque de créativité, le manque d’autonomie, le manque de collaboration …

C’est ainsi que j’ai créé mon activité de conseil en pédagogie “Future In Mind” et que j’ai accepté un CDI à 60% dans une entreprise.

En parallèle de mes activités rémunérées, j’ai monté une association “Ecole pour Demain” (FB) qui a la mission de partager les bonnes pratiques éducatives. Nous avons construit un projet pédagogique pour le collège. Nous avons rencontré l’Inspection d’Académie en septembre dernier pour leur présenter nos idées. Ils nous ont proposé de réfléchir avec eux sur la mise en place de certaines de nos idées dans des collèges publics de l’académie à partir de septembre 2019.

Quels sont vos projets ?

Je souhaite donner du sens aux apprentissages : que ce soit pour écrire ou pour toutes autres choses, les projets proposés aux élèves peuvent avoir une vraie utilité pour la société. En réalisant un projet qui a une véritable utilité, on renforce l’estime et la confiance de l’enfant, on lui fait comprendre qu’il peut être acteur, on apporte du sens à ses apprentissages et par conséquent, on le motive à apprendre et à agir.

D’autre part, tout n’a pas vocation à être évalué. Par exemple, dans le cas de l’écriture, l’enfant doit penser qu’il écrit pour un lecteur et non pour un correcteur; d’abord parce que le plaisir remplacerait alors le stress mais aussi pour qu’il ne limite pas sa créativité en se concentrant sur ce qu’il maîtrise parfaitement.

Le manifeste de notre projet pédagogique :

“L’opportunité de venir à l’école avec plaisir, de pouvoir grandir en ayant confiance en soi, faire des choix, développer des compétences utiles dans le monde qui les attend, de pouvoir s’adapter aux changements, d’être respecté par les autres malgré ses différences et de trouver sa place dans un projet collectif.”

Le projet engage fortement les parents sans qui il ne peut s’accomplir pleinement. L’équipe pluridisciplinaire qui fera vivre ce projet sera reconnue et accompagnée comme elle le mérite. Décloisonner l’école et l’ouvrir sur le monde pour lequel elle prépare ses élèves est au coeur de notre projet. L’efficacité de ses méthodes sera régulièrement questionnée pour qu’il continue de servir efficacement ces objectifs. Nous avons synthétisé nos propositions dans un document. L’idée est de pouvoir en discuter et de le faire évoluer avec nos lecteurs. La mise en oeuvre est prévue en 2019.

Et la place du numérique dans votre projet ?

Les élèves ont tous un ordinateur. Les logiciels seront sélectionnés et gérés par l’établissement. D’autres outils numériques sont également mis à disposition des enseignants et des élèves. Le numérique est utilisé comme outil de communication, de travail, d’adaptation, d’apprentissage. Il facilite les échanges et la collaboration et permet un meilleur suivi des élèves et participe à la motivation. Les élèves sont également accompagnés dans leurs usages. La maintenance et la configuration des outils est assurée par l’établissement.