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Molière, acteur au théâtre, spectateur dans la vie

La spécialité de Jean-Baptiste Poquelin, plus connu sous le nom de Molière, est de mettre en avant dans ses comédies, des caractères : L’Étourdi, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme, Le Malade imaginaire et bien d’autres sont représentés dans ses pièces. Mais quel est le caractère de Molière ?

Un honnête homme

L’écrivain Samuel Chappuzeau décrit ainsi Molière : « Outre les grandes qualités nécessaires au poète et à l’acteur, il possédait toutes celles qui font l’honnête homme ; il était généreux et bon ami, civil et honorable en toutes ses actions, modeste à recevoir les éloges qu’on lui donnait, savant sans vouloir le paraître, et d’une conversation si douce et si aisée que les premiers de la Cour et de la Ville étaient ravis de l’entretenir. » De nombreux autres témoignages soulignent ses qualités d’honnête homme et sa vie elle-même en témoigne.

Généreux, Molière l’est assurément puisqu’il n’hésite pas à héberger ceux qui le lui demandent. Il est également assidu dans son travail, que ce soit en tant que dramaturge, comédien, mais aussi tapissier et valet de chambre du Roi – tâche qu’il reprend à la mort de son frère cadet. En effet, le romancier et dramaturge Jean-Louis Ignace de La Serre décrit Molière ainsi : « il aimait fort à haranguer ; et quand il lisait ses pièces aux comédiens, il voulait qu’ils y amenassent leurs enfants, pour tirer des conjectures de leurs mouvements naturels. »

Molière est donc un grand travailleur qui, en dépit d’une santé fragile les dernières années de sa vie – il est atteint de tuberculose –, ne se repose jamais. Même le jour de sa mort, alors qu’il se sent mal, il tient à monter sur les planches. Sa femme et son ami comédien Baron protestent, ils veulent annuler la pièce : Molière s’obstine. « Que me demandez-vous là ? leur dit-il. Il y a cinquante pauvres ouvriers qui n’ont que leur journée pour vivre. Je me reprocherais d’avoir négligé de leur donner du pain. »

Mais comme tout honnête homme, Molière a aussi ses défauts : d’un tempérament impatient, il s’indigne facilement. S’il n’aime pas le jeu, il aime en revanche les femmes (et peut-être même les hommes), et n’est pas toujours fidèle à ses compagnes. Ce qui ne l’empêche pas, lui, de se montrer jaloux. Il aime aussi se faire servir. Grimarest précise d’ailleurs qu’il faut « l’habiller comme un Grand Seigneur » et qu’il « n’aurait pas arrangé les plis de sa cravate ».

Un spectateur de la vie

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Molière est loin d’être un fanfaron. Peu bavard, il a pourtant toujours le mot juste. En présence de personnes qu’il apprécie, il peut se montrer plus loquace et les personnes chanceuses apprécient grandement sa conversation. Mais pour les autres qui doivent subir son mutisme, il passe pour un rêveur et un mélancolique. Rêveur, il l’est certainement – son ami Chapelle le lui reproche d’ailleurs. Mais s’il reste silencieux, c’est surtout parce qu’il observe les manières et les mœurs de tout le monde. Grimarest mentionne d’ailleurs que Nicolas Boileau « ne se lassait point d’admirer Molière, qu’il appelait toujours le Contemplateur. Il disait que la nature semblait lui avoir révélé tous ses secrets, du moins pour ce qui regarde les mœurs et les caractères des hommes. ».

En fin de compte, si Molière est acteur sur les planches, il est le reste du temps bien plus proche du rôle de spectateur. Si une pièce devait résumer son caractère en un seul trait, sans doute s’appellerait-elle Le Contemplateur.

Un esprit moderne et indépendant

Molière n’hésite pas à dire ce qu’il pense dans ses pièces et à se moquer de ses contemporains. Dans la comédie L’Ombre de Molière, Brécourt, camarade de scène de Molière, le décrit comme « le censeur de toutes les choses déraisonnables, blâmant les sottises, l’ignorance, et les vices de son siècle […] honnête, judicieux, humain, franc, généreux ».

En effet, Molière dénonce dans ses pièces les dévots, l’arrogance sociale, les charlatans qui se disent médecins, le statut des femmes (le mariage forcé, l’éducation des filles), etc. Il se moque de se faire des ennemis et d’être mal vu de l’Église. Le dramaturge n’a pas peur de choquer et surtout, il ne lâche rien. Il a connu des débuts difficiles, il a même été emprisonné après avoir accumulé un trop grand nombre de dettes. Il a parcouru pendant plus de dix ans les campagnes de la France pour se faire un nom. Jusqu’à ce jour du 24 octobre 1658 où le roi Louis XIV rit devant Le Dépit amoureux. Son succès, il l’a mérité car il l’a obtenu à la force de son travail.

Alors quand L’École des femmes fait polémique, il sort en réponse La Critique de l’École des femmes et règle le compte à ses ennemis dans L’Impromptu de Versailles. Quand Le Tartuffe, puis Dom Juan, sont interdits sous la pression des dévots, il persévère. Molière est menacé d’être brûlé vif pour fanatisme, le curé Pierre Roullé le décrit d’ailleurs comme un « démon vêtu de chair et habillé en homme », mais cela ne l’arrête pas. Quand son succès diminue et que Lully lui plante un couteau dans le dos en demandant (et obtenant !) des lettres patentes qui lui donnent l’exclusivité des spectacles lyriques, il tient bon. Boileau le presse de prendre sa retraite, mais Molière refuse. Il se bat et obtient du Roi un adoucissement des lettres patentes. Il peut ainsi continuer d’utiliser six chanteurs et douze instrumentistes dans ses comédies.

Molière joue alors Les Fourberies de Scapin, qui est un échec. Boileau lui-même, ami du dramaturge, écrit dans son Art poétique : « Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe, / Je ne reconnais pas l’auteur du Misanthrope. ». Mais Molière ne se laisse toujours pas abattre et sort Les Femmes savantes. La pièce est un franc succès et Molière revient dans le jeu. Il poursuit avec Le Malade imaginaire, autre grand succès. Ce sera son dernier, puisqu’il meurt après la quatrième représentation de la pièce. Là encore, il tiendra bon jusqu’à ce que le rideau tombe.

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