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7 noms communs qui viennent des personnages de Molière

Si l’expression « la langue de Molière » est souvent utilisée comme synonyme de la langue française, c’est parce que l’œuvre du dramaturge est un incontournable. En effet, les pièces de Molière sont toujours étudiées à l’école et elles continuent de faire rire ses lecteurs 400 ans plus tard. À travers ses comédies, le dramaturge nous a livré cependant bien plus. Leur impact est tel que bon nombre d’expressions ou mots de ses œuvres sont à présent entrés dans le langage courant. Parmi celles-ci, il y a des antonomases : des noms propres, qui sont devenus des noms communs. Découvrons ensemble dans cet article, sept de ces noms qui viennent des personnages de Molière.

Tartuffe

« Ah ! Pour être dévot, je n’en suis pas moins homme ;
Et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas,
Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas. »
Tartuffe à Elmire, dans Le Tartuffe ou l’Imposteur, Acte III, scène 3

Un Tartuffe est une personne hypocrite. C’est le personnage principal de la pièce Le Tartuffe ou l’Imposteur, représentée pour la première fois en 1664, dans laquelle il joue les faux dévots auprès d’Orgon afin de profiter de lui et de sa famille. Il parvient si bien à manipuler Orgon que celui-ci lui propose d’épouser sa fille et lui cède tous ses biens, alors que Tartuffe tente de séduire Elmire, la seconde femme d’Orgon. Celle-ci tend un piège à Tartuffe pour faire ouvrir les yeux à son mari. Le scélérat cherche alors à chasser Orgon de chez lui, grâce aux papiers compromettants remis par Orgon. Heureusement, le Roi intervient et arrête Tartuffe.

Le nom viendrait de l’italien tartufo (« truffe, hypocrite »). Ce nom propre est aujourd’hui utilisé comme un nom commun pour décrire une personne hypocrite.

Harpagon

« Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre. »
Harpagon dans L’Avare, Acte IV, scène 7

Un Harpagon est un homme d’une grande avarice. Ce nom est une référence au personnage Harpagon, dans L’Avare, pièce représentée pour la première fois en 1668.

Dans cette comédie de caractère, le personnage principal, Harpagon, est en effet avare : il n’aime pas dépenser son argent. Il économise le moindre sou et refuse de dépenser son argent et il tente de marier sa fille Élise de force tout en protégeant sa cassette pleine d’or. Il a en effet dissimulé une cassette de dix mille écus d’or dans son jardin et craint qu’on ne la lui vole. Harpagon ne vit que pour son argent, qu’il chérit par-dessus tout, et voit des voleurs partout.

D’ailleurs, le nom n’a pas été choisi au hasard : il vient du latin harpago (« harpon, rapace »), lui-même issu du grec ancien ἁρπαγή (harpagế) qui signifie « avidité, rapacité ».

Don Juan

« Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et, comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses. »
Don Juan à Sganarelle, Acte I, scène 2

Un Don Juan est un séducteur, souvent libertin, et sans scrupules.

Dans la pièce Dom Juan ou le Festin de Pierre, représentée pour la première fois en 1665, le personnage principal vient d’abandonner son épouse, Elvire, qu’il a enlevée d’un couvent. Accompagné de son valet Sganarelle, Don Juan enchaîne les conquêtes amoureuses et refuse de se convertir au bien. Il est finalement puni et voué aux feux des Enfers.

Parmi tous les noms propres qui sont devenus des noms communs, « Don Juan » est sans doute l’un des plus usités.

Amphitryon

« Le véritable Amphitryon
Est l’Amphitryon où l’on dîne »
Sosie dans Amphitryon, Acte III, scène 5

Un amphitryon est une personne chez laquelle ou aux frais de laquelle on dîne.

Représentée pour la première fois en 1668, la pièce Amphitryon, qui est adaptée de celle de Plaute, porte sur le thème de l’illusion. Alcmène est fidèle à son mari Amphitryon, qui est parti à la guerre. Jupiter, qui veut séduire Alcmène, prend donc l’apparence de son mari. De leur union naîtra Hercule. Mercure, pour aider son père Jupiter, prend l’apparence du valet d’Amphitryon, Sosie. Mais Amphytrion et Sosie reviennent de la guerre, ce qui va mener à des quiproquos car le véritable Amphitryon n’a bien entendu aucun souvenir d’avoir passé la nuit avec sa femme et ne comprend donc pas de quoi Alcmène parle.

L’antonomase est liée à un moment de la pièce : quand on demande qui est Amphitryon, Sosie répond : « Le véritable Amphitryon / Est l’Amphitryon où l’on dîne ». C’est pourquoi un amphitryon désigne aujourd’hui un hôte généreux.

Sosie

« Je ne saurais nier, aux preuves qu’on m’expose,
Que tu ne sois Sosie, et j’y donne ma voix.
Mais si tu l’es, dis-moi qui tu veux que je sois ?
Car encor faut-il bien que je sois quelque chose. »
Sosie à Mercure dans Amphitryon, Acte I, scène 1

Un sosie désigne une personne qui ressemble à une autre.

La pièce Amphitryon a donné naissance à une autre antonomase : sosie. En effet, si Jupiter prend l’apparence d’Amphitryon, Mercure prend celle de son valet Sosie. Celui-ci est cependant revenu de la guerre, tout comme son maître. Or Sosie et Mercure se rencontrent. Pour empêcher Sosie de rentrer et de déranger les ébats de Jupiter et Alcmène, Mercure lui fait croire que c’est lui, le vrai Sosie. Si bien qu’à la fin de leur échange, Sosie finit par douter et ne sait plus qui il est. Heureusement, ils conviennent d’un arrangement : Sosie pourra redevenir Sosie quand Mercure ne le sera plus.

Aujourd’hui, le mot « sosie » est tellement usité que beaucoup l’utilisent sans savoir qu’il était à l’origine un personnage de la pièce de Molière, qu’il a lui-même repris de la pièce Amphitryon de Plaute, quand il l’a adaptée. « Sosie » rejoint donc la liste des noms propres qui sont devenus des noms communs.

Mamamouchi

« Paix, insolente. Portez respect à monsieur le mamamouchi. »
Monsieur Jourdain à Madame Jourdain, Le Bourgeois gentilhomme, Acte V, scène 1

Un Mamamouchi est un titre faussement honorifique, pour désigner une personne de haut rang.

Dans sa pièce Le Bourgeois Gentilhomme, représentée pour la première fois en 1670, Molière met en scène M. Jourdain, nouvellement bourgeois, qui souhaite acquérir les manières de tout gentilhomme. Alors quand Cléonte se présente pour demander la main de sa fille Lucile, il refuse, car il veut un gentilhomme pour elle. Pour parvenir à ses fins, Cléonte, avec l’aide de son valet Covielle, se déguise et se fait passer pour le fils du Grand Turc. Les complices de Covielle organisent une cérémonie turque complètement burlesque dans laquelle M. Jourdain est nommé « Mamamouchi ». Le Bourgeois, qui pense avoir obtenu un haut titre de noblesse, cède sa fille à Cléonte. Il ne se rendra compte de la supercherie qu’une fois le mariage consommé.

Le mot « Mammamouchi » serait une déformation du turc bābā mušīr, une appellation flatteuse qui signifie à peu près « père pacha ».

Célimène

« Madame, on peut, je crois, louer et blâmer tout ;
Et chacun a raison, suivant l’âge ou le goût
Il est une saison pour la galanterie,
Il en est une aussi propre à la pruderie. »
Célimène à Arsinoé dans Le Misanthrope, Acte III, scène 5

Une célimène est une femme d’esprit, coquette, légère et médisante.

Dans sa pièce Le Misanthrope, représentée pour la première fois en 1666, Molière met en scène Alceste, un misanthrope amoureux de Célimène, une jeune veuve coquette et médisante. La belle n’hésite pas à médire avec certains de ses prétendants, sur des personnes de leur connaissance. Elle joue également avec le cœur d’Alceste et d’Oronte. Quand ils en prennent conscience, Oronte part. Quant à Alceste, il lui propose quand même de se marier avec lui, à la condition qu’ils quittent la société, qu’il ne supporte plus. Célimène refuse, car elle ne veut pas quitter la vie mondaine : « La solitude effraye une âme de vingt ans. »

Et vous, connaissez-vous d’autres noms propres qui sont devenus des noms communs ? Dites-nous tout en commentaire !

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